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naima zahiri 05-07-2013 21:48

Enquête. Le Bac, et après ?
 
A l’heure où les bacheliers se posent la question sur leur avenir, une étude de grande envergure décrypte la façon dont les Marocains perçoivent l’enseignement supérieur. Aperçu des résultats.

Ce n’est un secret pour personne, l’université publique marocaine n’a pas bonne presse. Les résultats d’une récente étude initiée par l’Institut des hautes études de management (HEM) de Rabat viennent le confirmer. Cette enquête détaillée porte sur l’enseignement supérieur public et privé. Confiée au cabinet d’études indépendant Argos, elle a été réalisée auprès d’un échantillon représentatif de 1155 personnes, comprenant divers profils : bacheliers, étudiants du public et du privé, parents d’élèves, cadres, entreprises et leaders d’opinion. Ils ont été interrogés en face à face dans cinq villes du pays : Casablanca, Rabat, Marrakech, Tanger et Fès.

La fac, bof !
Ce sondage nous apprend donc que 38,57% des bacheliers pensent que la qualité du système universitaire est insuffisante, voire très insuffisante. Une opinion partagée par les parents et 49,14% des étudiants, ce qui montre que plus on progresse dans les études, plus la perception se dégrade. Pourquoi alors choisir l’université ? D’abord parce que les diplômes sont reconnus par l’Etat, mais aussi parce qu’elle ouvre la possibilité de poursuivre des études doctorales. “La gratuité des études est également citée comme étant un avantage, mais les parents, dans leur écrasante majorité, ne manquent pas d’évoquer leurs faibles moyens empêchant la scolarisation de leurs enfants dans des établissements plus prometteurs en termes d’avenir”, spécifie l’étude. La liste des inconvénients est plus longue : sureffectifs, grèves récurrentes, absentéisme des professeurs, manque d’encadrement, chômage des diplômés ou encore manque d’infrastructures.
Les leaders d’opinion ont aussi leurs griefs. Ils dénoncent la quasi-absence d’interaction entre l’université et la sphère économique, ainsi que la non-adéquation entre les contenus académiques et les besoins du marché, peu considérés en amont de la formation. Le manque de communication et de collaboration croisée avec le système d’enseignement privé, en particulier le fait qu’il n’existe pas de passerelles entre les deux systèmes, est également pointé du doigt.

Ecoles de rêve
Les grandes écoles publiques, elles, font déjà plus rêver. L’ISCAE, l’ENCG, l’Ecole Hassania des travaux publics ou encore l’Ecole Mohammadia des ingénieurs jouissent d’une très bonne réputation. Considérées comme des établissements d’excellence, ces écoles recueillent les faveurs de 86,2% des bacheliers, qui en ont une bonne, voire une excellente opinion. Même tendance du côté de leurs parents, ainsi que des étudiants et des cadres. Ce qui attire plus les Marocains vers ces grandes écoles ? La qualité de l’enseignement bien sûr, mais aussi la reconnaissance de leurs diplômes par l’Etat. “Le diplôme d’Etat représente incontestablement l’avantage premier du système public grande école, dans la mesure où il constitue une valeur sûre, attestant du mérite indiscutable du lauréat, tout en offrant la garantie de l’emploi dans un large éventail d’entreprises publiques et privées”, commente l’étude.
Seul bémol, le fait que ces écoles soient accessibles uniquement sur concours représente un inconvénient aux yeux de plusieurs sondés. “La difficulté est liée dans les esprits à une forme d’injustice à l’égard d’une large frange de bacheliers qui justifient de moyennes élevées”, précise l’étude. Les leaders d’opinion interrogés regrettent quant à eux le fait que les grandes écoles forment des cadres supérieurs avec certaines carences au niveau des soft skills (qualités personnelles). Ils déplorent “une forme d’arrogance et d’impatience chez certains ingénieurs d’Etat, quelquefois surdimensionnés par rapport aux besoins en technicité de l’entreprise, mais frustrés et peu outillés en compétences comportementales et en leadership”, rapporte l’étude. Le système public des grandes écoles n’en est pas moins le plus plébiscité par les bacheliers, leurs parents et les cadres, loin devant le privé.


Trop cher privé
La qualité d’enseignement du système privé reste généralement appréciée, avec notamment 62,2% d’opinions favorables chez les bacheliers. “La majorité des répondants situent leur opinion dans les appréciations bonnes et moyennes. Mais les cadres formulent des avis plus nuancés, qui pourraient être expliqués par une meilleure conscience du nombre limité d’institutions privées réellement performantes”, souligne l’étude. Parmi les avantages cités, l’obligation d’assiduité, la qualité de l’enseignement et de l’encadrement, la formation en communication et en développement personnel, ou encore l’aide à la recherche de stages. Mais une grande partie des établissements privés pâtissent d’un manque de sérieux et de sélection à l’entrée.
Les sondés dénoncent surtout le coût des études et la non reconnaissance du diplôme par l’Etat, jugée dissuasive. “L’étude montre clairement que l’accès à l’enseignement supérieur privé est freiné par le coût des études. Nous espérons que cette enquête contribuera à ce que notre gouvernement se rende compte qu’il faut enfin évoluer par rapport à ce type d’éléments, en mettant par exemple en place des mesures, notamment fiscales, de solvabilisation de la demande”, explique Yasmine Benamour, administrateur de HEM. Même son de cloche auprès des leaders d’opinion, pour qui “l’enseignement supérieur privé reste relativement coûteux et se soucie rarement de mettre en place des mesures de facilitation d’accès aux étudiants de condition moyenne”. Ils pensent également que ce système, “dont la qualité est étroitement liée à la cherté, maintient les mêmes élites en place”.
Autant de considérations qui devraient être prises en compte par le ministère de l’Enseignement supérieur. Une plus grande collaboration entre systèmes privé et public pourrait ainsi s’avérer bénéfique pour les étudiants marocains. “La synergie peut se faire à plusieurs niveaux en termes de partage des ressources, de cours en commun, d’échange d’étudiants pour certains cours, projets de recherche, etc. Il y a beaucoup de choses à faire ensemble”, conclut Yasmine Benamour. A bon entendeur…


Orientation. Un choix cornélien

Au cours de l’enquête initiée par HEM, un grand nombre de bacheliers ont avoué se sentir plutôt perdus, ne sachant guère vers quelles études ou quels établissements se diriger. “Ils manifestent un besoin important de conseil pour les aider à s’orienter vers une formation donnée. La situation d’indécision dans laquelle ils se trouvent est accentuée par le faible pouvoir de pre******ion des parents, majoritairement peu outillés pour conseiller leurs enfants”, signale l’étude. Résultat, dans certains cas, le choix final est aligné sur celui d’un proche ou d’un ami, généralement le compagnon qui a aidé à préparer l’examen du baccalauréat. Mais le plus fréquemment, les bacheliers se décident en fonction de la réputation de l’établissement auprès des employeurs, de la reconnaissance ou non du diplôme par l’Etat et, enfin, de la qualité de l’enseignement délivré. Des critères qui n’ont souvent rien à voir avec leurs profils ou leurs aspirations réelles.


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