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RENTRÉE SCOLAIRE : «L’EDUCATION NATIONALE NE PEUT PAS TOUT FAIRE»


ENTRETIEN AVEC LATIFA ELABIDA, SECRÉTAIRE D’ETAT À L’ENSEIGNEMENT SCOLAIRE

LA RESPONSABILISATION DES ACTEURS LOCAUX ATTENDUE
L’ÉLARGISSEMENT DE TAYSSIR CONDITIONNÉ PAR LA RÉFORME DE LA COMPENSATION


Latifa Elabida, secrétaire d’Etat à l’Enseignement scolaire: «Sans la motivation et l’engagement des enseignants, aucun changement significatif et durable ne peut être réalisé»

Encadrement des enseignants, amélioration des conditions de travail, motivation, nouvelle approche pédagogique… le plan d’urgence de l’enseignement s’est attaqué à plusieurs aspects, mais il est encore trop tôt de tirer les conclusions. D’ores et déjà, le ministère de l’Education nationale note des améliorations. Pour Latifa Elabida, secrétaire d’Etat chargée de l’Enseignement scolaire, «plus on soutiendra notre école et ceux qui y travaillent, plus grandes seront les chances d’améliorer ses performances».


- L’Economiste: Quelles sont les nouveautés de cette rentrée scolaire?

- Latifa Elabida: Notre plan d’action est structuré autour de 27 projets, déclinés aux niveaux régional et provincial pour la période 2009/2012. Certaines mesures du plan d’urgence qui ont nécessité un temps de préparation vont rentrer en vigueur cette année. Je citerai à titre d’exemple le lancement de la production d’une nouvelle génération de manuels scolaires pour l’enseignement primaire, l’évaluation des curricula du collège et du lycée et l’exploitation de nouvelles ressources didactique mises à la disposition des établissements pour l’amélioration de l’enseignement des langues (voir aussi article page 3).




- A l’issue des résultats du bac, votre département a considéré que l’éducation commence à récupérer les premiers fruits du plan d’urgence. Est-ce que ce n’est pas tôt pour tirer pareilles conclusions ?

- C’est vrai, les démarches d’amélioration des systèmes éducatifs s’inscrivent dans la durée. A ce titre, il faut rappeler que les élèves qui ont eu le baccalauréat cette année sont dans le système depuis au moins 12 ans, c’est-à-dire depuis l’année scolaire 1999/2000 pour ceux qui n’ont jamais redoublé. Ils ont donc été impactés par la situation du système tout au long de cette période.

La démarche que nous avons adoptée dans le cadre du programme d’urgence est à double vitesse. D’une part, nous avons accordé un intérêt particulier aux générations entrantes en essayant de créer les conditions de rupture avec la situation antérieure, caractérisée par le niveau élevé des déperditions scolaires et le niveau modeste des apprentissages. Il s’agissait pour nous de recevoir les nouveaux inscrits en première année du primaire en 2009/2010 et 2010/2011, soit respectivement 637.900 et 636.500 élèves, dans des conditions leur assurant la réussite scolaire.

D’autre part, nous avons essayé de donner le maximum de chances aux autres générations en travaillant notamment sur l’amélioration des conditions de travail dans les établissements scolaires, sur l’encadrement et la mobilisation des enseignants…

Notre système éducatif dispose d’un fort potentiel d’amélioration et réagit favorablement et rapidement aux sollicitations dont il fait l’objet. Plus on soutiendra notre école et ceux qui y travaillent, plus grandes seront les chances d’améliorer ses performances.


- La motivation du corps enseignant apparaît pourtant comme un maillon faible de la réforme.


- Sans la motivation et l’engagement des enseignants, aucun changement significatif et durable ne peut être réalisé. Beaucoup a été fait pour l’amélioration des conditions matérielles et sociales des enseignants, que ce soit dans le cadre du dialogue social ou par le biais de la Fondation Mohammed VI pour la promotion des œuvres sociales de l’éducation-formation. Je conviens qu’il reste encore beaucoup à faire, pas seulement de la part du ministère, mais aussi de la part des partenaires de l’école, parents, élus, etc. Il va falloir poursuivre l’amélioration des conditions de travail, encourager et reconnaître l’effort et l’innovation, investir sur la formation continue, mais aussi mettre en place un système d’évaluation responsabilisant et valorisant. Pour les enseignants qui travaillent dans les zones difficiles, il faudra une plus grande implication des responsables locaux pour la prise en charge des difficultés liées à cet environnement (transport, logement, sécurité). Plusieurs initiatives sont déjà prises, mais elles demeurent en deçà des exigences de la situation.


- L’approche pédagogique de l’intégration (API), initiée cette année pour les examens de 6e année primaire, semble ambitieuse, mais en déphasage avec la réalité. Vous semblez privilégier la finalité, mais sans vous en donner les moyens.

- Cette innovation au niveau du mode d’évaluation constitue une suite logique de la mise en œuvre de l’approche par compétence (APC) généralisée dans le cycle primaire en 2010/2011, après une longue phase de préparation et d’expérimentation entamée en 2008. Cette approche implique une refonte en profondeur de notre modèle pédagogique. Or, pour des raisons tout à fait compréhensibles aujourd’hui, notre système éducatif ne s’est pas donné les moyens de son application effective. Il manquait un cadre méthodologique pour l’opérationnalisation de l’APC. Et c’est ce que nous avons fait en 2008/2009, en optant pour la pédagogie de l’intégration. Un gros travail s’en est suivi pour la définition des compétences, l’élaboration des guides méthodologiques, des situations d’intégration, des techniques d’évaluation et des modules de formation. Des équipes d’experts et de formateurs ont été préparées et la quasi-totalité des acteurs ont été formés, soit plus de 150.000 entre inspecteurs, directeurs et enseignants. Le matériel élaboré a été distribué gratuitement aux professionnels et aux élèves. La généralisation de la pédagogie de l’intégration en 2010/2011 rendait nécessaire l’adaptation des modalités d’évaluation des compétences des apprenants, et c’est ce que nous avons fait en laissant aux autorités pédagogiques régionales et provinciales la possibilité de choisir entre trois modes opératoires, en fonction du degré de maîtrise et d’appropriation de ces innovations par les acteurs de terrain.


- Comment expliquer alors la réaction des enseignants?

C’est simple. Ces réformes touchent aux pratiques quotidiennes et aux habitudes des acteurs et nécessitent, de ce fait, beaucoup d’efforts. Leur déploiement exige un accompagnement de qualité et de longue durée. D’où la réponse que nous avons apportée, en mettant la balle dans le camp de l’encadrement, qui doit redoubler d’efforts, travailler dans la proximité et élargir l’espace de débat et de partage d’expérience, jusqu’à l’appropriation totale des innovations par les acteurs.

Comme vous pouvez le constater, les étapes et les composantes de ce projet sont parfaitement maîtrisées. Un comité de pilotage que je préside personnellement se réunit tous les mois pour assurer le suivi et traiter les difficultés de mise en œuvre.


Propos recueillis par Khadija MASMOUDI









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