ãäÊÏíÇÊ ÏÝÇÊÑ ÇáÊÑÈæíÉ ÇáÊÚáíãíÉ ÇáãÛÑÈíÉ - ÚÑÖ ãÔÇÑßÉ æÇÍÏÉ - ÇÑÌæ ÇáãÓÇÚÏÉ
ÇáãæÖæÚ: ÇÑÌæ ÇáãÓÇÚÏÉ
ÚÑÖ ãÔÇÑßÉ æÇÍÏÉ

Préfét
:: ÏÝÇÊÑí ÌÏíÏ ::

ÊÇÑíÎ ÇáÊÓÌíá: 19 - 9 - 2008
ÇáãÔÇÑßÇÊ: 5

Préfét ÛíÑ ãÊæÇÌÏ ÍÇáíÇð

äÔÇØ [ Préfét ]
ãÚÏá ÊÞííã ÇáãÓÊæì: 0
ÇÝÊÑÇÖí
ÞÏíã 21-09-2008, 16:16 ÇáãÔÇÑßÉ 2   

<H1><SPAN style="COLOR: maroon; FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>La littérature maghrébine de langue française<?xml:namespace prefix = o ns = "urn:schemas-microsoft-comfficeffice" /><o></o></EM></SPAN></H1>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>On a coutume de considérer que le premier texte littéraire maghrébin de langue française important est de peu antérieur aux débuts de la Guerre d'Algérie, qui a plus ou moins marqué aussi la plupart des lecteurs qui se tournent vers cette littérature. Ce texte est Le Fils du Pauvre (1950) de Mouloud Feraoun, autobiographie au déguisement volontairement transparent d'un instituteur issu de la paysannerie kabyle pauvre, et "civilisé" en quelque sorte par l'Ecole française dont il deviendra un des plus fervents défenseurs. Mais il y eut bien d'autres écrivains maghrébins de langue française avant Mouloud Feraoun, à commencer par Jean Amrouche qu'on redécouvre depuis peu. De plus doit-on, ou non, associer aux écrivains maghrébins des écrivains français du Maghreb, dont le plus prestigieux est Albert Camus? Ou Jean Pélégri? ou Emmanuel Roblès? Allons plus loin: le plus grand écrivain tunisien, Albert Memmi, n'a-t-il pas parfois été renié comme écrivain maghrébin par ses pairs, à cause de ses engagements sionistes? Enfin, quel sera le "statut" des jeunes écrivains issus depuis 1980 de ce qu'on appelle faute de mieux la "deuxième génération de l'émigration", ou "de l'immigration"? La plupart d'entre eux sont nés en France où ils ont toujours vécu, mais la Société française effrayée les renvoie souvent à l'identité de leurs parents, du pays desquels ils sont fréquemment ignorants et ignorés, mais dont ils cultivent une image mythique à la fois dépréciative et valorisante. Autant dire que la définition d'une littérature, comme celle de l'identité dont elle est censée être l'emblème, est problématique. L'idéologie n'est jamais absente de ces définitions, mais en même temps elle y montre son incapacité à saisir un objet nécessairement fuyant, parce qu'inscrit dans une historicité très complexe et dont les forces en compétition, toujours actives, n'autorisent pas encore l'élaboration d'une définition "objective".<o></o></EM></SPAN></P>
<H2><SPAN style="COLOR: blue"><EM>SUR L' ORIGINE ET LA NÉCESSITÉ D'UNE LITTÉRATURE<o></o></EM></SPAN></H2>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Ce précis est d'abord un état de la question, qui se veut le reflet de la recherche sur ce domaine. C'est pourquoi les études qu'on va lire reprennent pour l'essentiel le découpage chronologique le plus pratiqué jusqu'ici, en reconnaissant cependant à Jean Amrouche le précurseur la place qui lui était injustement refusée jusqu'ici. Mais il voudrait souligner d'emblée l'arbitraire de ce découpage idéologique. Cette périodisation à partir de 1950 en effet est discutable, parce que liée à une lecture française qui ne voit encore le Maghreb qu'au prisme de la Guerre d'Algérie, écran finalement bien commode pour camoufler tant un passé colonial que l'ambiguïté actuelle des relations françaises avec le Maghreb, ou encore l'impensé de l'Immigration.<o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>La littérature maghrébine de langue française est née en Algérie d'abord - aux alentours de 1930, année de célébration du centenaire de la colonisation - puis s'est étendue aux deux pays voisins. Les conditions les plus apparentes qui ont rendu possible, voire nécessaire, la prise de parole des Algériens dans la langue française découlent du parachèvement de l'entreprise d'occupation, consolidée par l'instauration de protectorats français, en Tunisie d'abord (1881), puis au Maroc (1912). La lutte anti-coloniale, une fois écrasée la dernière grande révolte armée, va alors se déplacer du terrain militaire au terrain politique avec une diversification des moyens, dont l'un, adopté par toute une frange d'intellectuels, consistait à accepter la gageure de l'assimilation.<o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Après le démantèlement des institutions locales, les premiers résultats d'une structuration nouvelle apparaissent dans les années 1880. L'imposition du français comme langue de l'administration, de la justice, de l'enseignement va déterminer un nouveau statut des Lettres à l'intérieur d'une nouvelle hiérarchie linguistique. En effet, si l'enseignement de l'arabe se maintient, c'est de façon rudimentaire. Il est plus ou moins confiné au rituel religieux. Et si la production littéraire, tant dans les langues populaires (arabe et berbère) qu'en arabe classique, se perpétue, c'est sous le signe de la résistance à la déculturation. Aussi le renouvellement des thèmes, plus sinon autant que celui des formes, est-il caractéristique de cette production. <o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Parallèlement, le système scolaire français, avec sa maigre filière pour indigènes et ses quelques lycées bilingues, promeut un nouveau modèle de lettré algérien. Les intellectuels de cette époque sont, dans leur écrasante majorité, bilingues. Même ceux formés aux universités arabes de Fès, de Tunis ou du Caire, n'ignorent pas absolument le français. D'autre part, l'incorporation de nombreux Algériens dans l'armée française, lors de la première guerre mondiale, va en quelque sorte "démocratiser" le procès d'assimilation programmé par l'école et donc jusque là réservé essentiellement aux enfants de notables. <o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Dans le champ culturel, si le modèle européen est à peu près seul à être patenté, la culture arabe savante s'efforce de se maintenir dans certains îlots géographiques et sociologiques au prix d'un certain immobilisme. La culture populaire, quant à elle, plus subversive, incorpore des thématiques nouvelles liées à la conjoncture historique et réactive, non sans énormes difficultés, ses formes d'expression traditionnelles, tandis que d'autres tombent irrémédiablement en désuétude.<o></o></EM></SPAN></P>
<H2><SPAN style="COLOR: blue"><EM>LES PRÉCURSEURS<o></o></EM></SPAN></H2>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>C'est alors que, pour la première fois, des romans, des nouvelles ou de la poésie écrits en français par des Algériens, sont publiés. Les auteurs ont nom : Mohammed Benchérif, Abdelkader Hadj Hamou, Chukri Khodja, Mohammed Ould Cheikh, Rabah Zénati, Bamer Slimane Ben Brahim entre autres. Ils sont pour la plupart fonctionnaires de l'administration coloniale. Le titre qui inaugure la série est le roman, en partie autobiographique, du caïd et capitaine Benchérif : Ahmed ben Mustapha, goumier. Il donne le ton, inscrivant la fiction algérienne dans le procès d'acculturation. Le héros relate ses campagnes militaires au Maroc et en France, sa captivité en Allemagne et dit, à la faveur de cette narration, son apprentissage de nouveaux comportements et son initiation à une étiquette et à des schèmes de conduite dans les relations sociales, notamment avec des femmes européennes. Mais l'itinéraire s'achève, significativement, dans la solitude et la maladie, en Suisse.<o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Dans cette période qui correspond à la floraison du roman colonial sous toutes ses formes (qu'il soit indigénophile ou indigénophobe), le petit noyau d'écrivains algériens qui arrive sur la scène littéraire produit un roman qui se constitue quasiment en sous-genre par rapport au genre dominant. En effet, comme le roman colonial de l'époque, le roman algérien souscrit aux conventions réalistes et les exploite pour exposer, de façon didactique, une thèse à caractère social. D'où des traits formels tels que la faiblesse de l'intrigue, des personnages typés, exemplaires et symboliques construits à partir d'une psychologie sommaire, l'absence ou la marginalité de l'histoire d'amour et, plus généralement de la femme. Ce qui le différencie de son modèle européen, c'est un discours idéologique qui, tout en reconduisant le dualisme éthique et sociologique du discours colonial dominant, laisse entendre que le bon et le méchant, le civilisé et le barbare ne se situent pas irrémédiablement de tel ou tel côté de la barre. Il suggère aussi, comme en une discrète mise en garde ou un obscur fantasme de revanche, que la puissance politique et militaire a maintes fois changé de camp au cours de l'histoire des civilisations.<o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>En fait cette timide contestation n'est pas évidente à première lecture et ce roman semble plutôt faire allégeance au pouvoir colonial qui lui consent un espace - si limité soit-il - dans ses institutions éditoriales. "Echantillons" de la réussite de la mission civilisatrice de la France, ces auteurs semblent n'avoir acquis leur statut d'écrivains et d'intellectuels qu'au prix d'une "trahison" et peuvent être exhibés comme justification de la politique d'assimilation. De fait, la forme romanesque importée, hétérogène à la culture du terroir, autant que l'adoption de la langue étrangère comme langue d'expression littéraire n'ont pu "prendre" ( au sens où une greffe prend) que dans la mesure où une cassure était consommée dans la relation de médiation que ces nouveaux lettrés pouvaient établir entre leurs conditions de vie et leurs représentations imaginaires d'une part et, d'autre part, entre eux-mêmes et leur public naturel. Dans la mesure, en particulier où l'arabe perdait sa place de langage d'autorité et se trouvait supplanté par le français, le lien entre pratiques de la vie concrète et constructions symboliques se trouvait perturbé. La perméabilité de la nouvelle couche intellectuelle - et même de l'ensemble du corps social, à des degrés divers - à la langue et aux schèmes de pensée étrangers semble aller de pair avec le procès de déstructuration. Mais, acte étant pris de ce procès, les écrivains s'engagent - sous l'effet de la "morsure" de l'Occident - dans le procès inverse de restructuration.</EM></SPAN><A title="" style="mso-footnote-id: ftn1" href="http://www.limag.refer.org/Textes/Manuref/lmlf.htm#_ftn1" name=_ftnref1><SPAN class=MsoFootnoteReference><SPAN style="FONT-SIZE: 6pt; FONT-FAMILY: 'Times New Roman'; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-text-raise: 0pt"><SPAN style="mso-special-character: footnote"><FONT color=#0000ff><EM>[1]</EM></FONT></SPAN></SPAN></SPAN></A><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><o></o></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Cependant cette appropriation de la langue française et de la forme romanesque avec les représentations du monde qu'elles impliquent nécessairement, n'est pas toute négativité ou toute positivité. Certains y perçoivent surtout un procès d'aliénation à l'oeuvre, tandis que d'autres y appréhendent une conquête enrichissante, "un butin de guerre" selon l'expression de Kateb. Quoi qu'il en soit, les termes mêmes de la contradiction inhérente au système colonial - à la fois entreprise de déculturation systématique et tentative plus ou moins audacieuse et persévérante d'assimilation - sont perceptibles dans l'ensemble de cette littérature. En même temps, se manifeste, dans et par le travail de l'écriture, et en rapport avec les transformations et les luttes idéologiques et politiques, une prise de conscience de la posibilité pour le nouvel utilisateur du roman d'en faire un usage propre.<o></o></EM></SPAN></P>
<H2><SPAN style="COLOR: blue"><EM>LES PREMIERS "ROMANS MAGHRÉBINS D'EXPRESSION FRANÇAISE" RECONNUS COMME TELS<o></o></EM></SPAN></H2>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>C'est au lendemain de la seconde guerre mondiale et, plus précisément dans les années 50 que s'élabore, "dans la gueule du loup", pour reprendre encore une fois une expression de Kateb, un langage littéraire original qui va progressivement se dégager de la sphère matricielle, s'individualiser et s'autonomiser. Contrecarrant la visée hégémonique de la littérature française des colonies, des auteurs de talent donnent ses lettres de créance à la greffe et anoblissent le bâtard. Renversant les pôles d'allocution (se faisant sujets et non plus uniquement objets du discours romanesque) Feraoun, Mammeri, Dib, bientôt suivis de Haddad, Assia Djebar et du Marocain Ahmed Sefrioui, introduisent sur la scène romanesque un indigène non stéréotypé, représenté selon une vision du dedans sympathique et/ou démystifiante qui, en elle-même déjà, permet au colonisé d'échapper à l'expropriation ultime de l'être qui le désignait à la mort.<o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Le roman de ces années-là, d'abord enserré dans le cadrage du témoignage à partir du point de vue d'un "observateur privilégié", pourvu de l'omniscience divine, épouse les mouvements de déplacement idéologico-politiques qui, de 1950 (Le Fils du pauvre) à 1956 (Nedjma), affectent l'ensemble de la société algérienne et, plus largement, maghrébine. En particulier, dans les autobiographies l'organisation mnémonique supplée aux ratés de la vie comme si le projet romanesque était la revanche des faibles. En fait, il arrive, quand la vie devient trop difficile à vivre, que l'on songe à l'écrire pour comprendre ce qui est arrivé. Et c'est bien dans cet espace littéraire que les auteurs de cette génération apprennent à lire dans l'Histoire mutante de leur temps. <o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Il y a en tout cas un point commun entre les premiers textes proprement "maghrébins de langue française", ou du moins les premiers à avoir été reconnus comme tels dans les années 50 et ceux de la "deuxième génération de l'émigration": leur dimension de témoignage plus ou moins vécu, même à travers la fiction. Dimension de témoignage qui entraînera nécessairement la description, parfois élaborée, parfois naïve, d'un univers qui se caractérise d'abord par son étrangeté pour le lecteur européen. Etrangeté qui sera même le principal motif de la lecture de ce dernier. C'est pour découvrir une culture maghrébine qui leur est étrangère, mais par laquelle ils sont concernés dans le fonctionnement politique français, que les lecteurs de Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri, Mohammed Dib, Driss Chraïbi, Albert Memmi ou Kateb Yacine dans les années 50 ou 60, ceux de Mehdi Charef, Leïla Sebbar, Azouz Begag dans les années 80 s'intéressent à leurs textes. La littérature maghrébine a commencé à être perçue comme telle dans les années 50 à cause de la levée des nationalismes au Maghreb et des débuts de la décolonisation.&nbsp;</EM></SPAN><A title="" style="mso-footnote-id: ftn2" href="http://www.limag.refer.org/Textes/Manuref/lmlf.htm#_ftn2" name=_ftnref2><SPAN class=MsoFootnoteReference><SPAN style="FONT-SIZE: 6pt; FONT-FAMILY: 'Times New Roman'; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-text-raise: 0pt"><SPAN style="mso-special-character: footnote"><FONT color=#0000ff><EM>[2]</EM></FONT></SPAN></SPAN></SPAN></A><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><o></o></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Pour répondre à une attente qu'on pourrait qualifier de documentaire, de la part de leurs lecteurs, ces littératures "émergentes" développent donc d'abord le témoignage et la description. Or, le témoignage sera d'autant plus prisé par les lecteurs qui le recherchent, qu'il pourra être considéré comme "brut", "authentique", c'est-à-dire non-élaboré. Quant à la description, elle se voudra la plus transparente possible, bannissant tout effet littéraire qui pourrait être vécu comme une trahison par rapport à la "vérité" de cette description. C'est-à-dire que dans les deux cas la dimension littéraire est suspecte, comme si l'écrivain issu d'espaces culturels "exotiques" même à l'intérieur de la Société française pour les écrivains "beurs", n'avait pas le droit de faire un véritable travail d'écrivain et devait se cantonner à un rôle de strict "informateur": le paternalisme littéraire guette donc bien la lecture qui réclame le document, le témoignage ou la description transparente&nbsp;</EM></SPAN><A title="" style="mso-footnote-id: ftn3" href="http://www.limag.refer.org/Textes/Manuref/lmlf.htm#_ftn3" name=_ftnref3><SPAN class=MsoFootnoteReference><SPAN style="FONT-SIZE: 6pt; FONT-FAMILY: 'Times New Roman'; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-text-raise: 0pt"><SPAN style="mso-special-character: footnote"><FONT color=#0000ff><EM>[3]</EM></FONT></SPAN></SPAN></SPAN></A><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>. Mais peut-être n'est-ce là que la manifestation du désarroi de lecteurs boutés hors de leurs repères culturels et qui cherchent à se raccrocher à du concret!<o></o></EM></SPAN></P>
<H2><SPAN style="COLOR: blue"><EM>LES ROMANS DE L'ALIÉNATION<o></o></EM></SPAN></H2>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Pourtant, si on a pu stigmatiser le ressort de l'exotisme de bon aloi chez le Marocain Ahmed Sefrioui, les premiers romans de Mouloud Feraoun, Mouloud Mammeri ou Mohammed Dib, relus avec un peu de recul, s'avèrent fort peu "exotiques" et même fort peu descriptifs. La première trilogie de Dib dénonce l'exploitation coloniale et montre la lente prise de conscience politique des humbles, particulièrement pour les citadins dans La Grande Maison&nbsp;(1952) et Le Métier à tisser&nbsp;(1957), les paysans dans L'Incendie&nbsp;(1954). Quant à Feraoun et Mammeri, Les Chemins qui montent&nbsp;(1957) du premier, La Colline oubliée (1952) ou Le Sommeil du Juste&nbsp;(1955) du second sont déjà des récits essentiellement tragiques de l'écartèlement vécu par des jeunes gens ayant connu l'école française, dans des Sociétés traditionnelles condamnées par l'irruption des modèles européens. La Colline oubliée développe à partir de ce tragique un chant particulièrement mélodieux. Dès lors ces écrivains peuvent être davantage rapprochés qu'on ne l'a fait jusqu'ici de ceux qu'on a considérés ensuite comme les chantres de cet écartèlement entre deux cultures dans les années 50-60, Driss Chraïbi, Albert Memmi, Malek Haddad ou Assia Djebar, que de la description naïve qu'on leur prête à tort et qui serait plutôt le fait, dans les années 70 d'écrivains mineurs publiés au Maghreb même et qui versent dans une sorte de vision "exotique" de soi, conçue (ou donnée) comme réappropriation d'une authenticité en perte. Discours romanesque piégé par l'idéologie dominante d'alors autant que par la persistance de la perception du regard de l'Autre (colonial) en fonction duquel continue à s'élaborer l'image de soi. De même, dans les années 80, certains des premiers écrivains de ce qu'on a appelé la "deuxième génération de l'émigration" consignent une vision stéréotypée de leur univers originel dont il serait intéressant d'analyser les modes de propagation. <o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Il est vrai que les écrivains dits "de l'acculturation", dans les années cinquante et soixante, sont promus par d'autres "mouvances" dans le milieu intellectuel français de l'époque, seul à même en contexte colonial&nbsp;</EM></SPAN><A title="" style="mso-footnote-id: ftn4" href="http://www.limag.refer.org/Textes/Manuref/lmlf.htm#_ftn4" name=_ftnref4><SPAN class=MsoFootnoteReference><SPAN style="FONT-SIZE: 6pt; FONT-FAMILY: 'Times New Roman'; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-text-raise: 0pt"><SPAN style="mso-special-character: footnote"><FONT color=#0000ff><EM>[4]</EM></FONT></SPAN></SPAN></SPAN></A><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM> de faire connaître des écrivains "colonisés". Principal théoricien maghrébin (tunisien) de l'acculturation, de l'aliénation ou de la dépendance, Albert Memmi a vu son célèbre essai, Portrait du colonisé (1957), préfacé par Jean-Paul Sartre. Ses romans peuvent apparaître en partie comme l'application littéraire de son activité de sociologue de l'aliénation. Le plus connu, La Statue de sel&nbsp;(1953), est l'autobiographie indirecte d'un enfant de trois cultures: arabe, juive et française. Quelques années plus tard Agar&nbsp;(1955) montre les difficultés du "mariage mixte". C'est en effet autour de la relation entre les ***es que la différence de deux cultures se fait le plus sentir&nbsp;</EM></SPAN><A title="" style="mso-footnote-id: ftn5" href="http://www.limag.refer.org/Textes/Manuref/lmlf.htm#_ftn5" name=_ftnref5><SPAN class=MsoFootnoteReference><SPAN style="FONT-SIZE: 6pt; FONT-FAMILY: 'Times New Roman'; mso-bidi-font-size: 10.0pt; mso-text-raise: 0pt"><SPAN style="mso-special-character: footnote"><FONT color=#0000ff><EM>[5]</EM></FONT></SPAN></SPAN></SPAN></A><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>. Aussi n'est-il pas étonnant que cette double culture soit le cadre des romans de l'écrivain femme la plus importante de cette littérature, Assia Djebar, dont La Soif (1957) et Les Impatients&nbsp;(1958) étonnèrent alors pour leur hardiesse, et précèdent dans son oeuvre Les Enfants du Nouveau Monde (1962) et Les Alouettes naïves&nbsp;(1967), qui sont peut-être les meilleurs romans algériens sur la guerre, parce que narrée du point de vue inattendu des femmes ou de la relation des couples qu'elle entraîne. C'est toujours sur fond de guerre que Malek Haddad distille dans L'Elève et la leçon (1960) puis dans Le Quai aux Fleurs ne répond plus (1961) la complainte nostalgique et tragique d'une double culture qui l'amènera à ne plus écrire après l'Indépendance.<o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Le plus violent parmi ces écrivains de la double culture, avant le tournant historique de l'Indépendance de l'Algérie (1962) est sans conteste le Marocain Driss Chraïbi, dont la vigoureuse charge contre les hypocrisies de la Société patriarcale, de son premier roman Le Passé simple (1954), publié en pleine crise franco-marocaine, provoqua une réaction parmi les nationalistes, comparable à celle presque contemporaine qu'avait suscitée en Algérie, bien abusivement, La Colline oubliée de Mouloud Mammeri. Tous ces débats sont en tout cas la preuve que la double culture des intellectuels maghrébins colonisés n'était pas une expérience facile, même si elle a contribué à forger des militants nationalistes. Mais ces derniers ne sont pas, dans les romans qui nous intéressent, des "héros positifs" comme d'autres luttes nationalistes ont pu en produire: bien au contraire, à l'image de Bachir Lazrak dans L'Opium et le Baton de Mouloud Mammeri, roman le plus connu sur cette guerre, ou encore à celle des héroïnes d'Assia Djebar dans Les Alouettes naïves, ils se caractérisent par un scepticisme désabusé et essentiellement humaniste qui rend impossible l'épopée, et c'est probablement ce qui a le plus indisposé les idéologues.<o></o></EM></SPAN></P>
<H2><SPAN style="COLOR: blue"><EM>Nedjma<o></o></EM></SPAN></H2>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Tous ces auteurs, dans des factures particulières à chacun d'eux, font parler, dans leurs oeuvres, les vestiges d'une culture soumise à la violence destructrice. Par le travail littéraire, ils dépossèdent quelque peu l'idéologie dominante d'un certain pouvoir de contrôle et se forgent les moyens d'émancipation du champ rhétorique - sinon linguistique - ambiant. Avec Nedjma, le point de vue à la fois change et se décompose et Kateb confère une violence explosive à la contestation d'un monde devenu plus lisible, en partie du fait des représentations fournies par ses prédécesseurs. <o></o></EM></SPAN></P>
<P class=Normal2><SPAN style="FONT-FAMILY: 'Times New Roman'"><EM>Roman de loin le plus important de la littérature maghrébine d'avant les Indépendances, Nedjma&nbsp;(1956) de Kateb Yacine, pulvérise littéralement les modèles hérités du roman réaliste balzacien, et c'est en partie de cette subversion formelle qu'il tire sa dimension révolutionnaire, plus que d'une idéologie dans laquelle bien des lectures ont voulu l'enfermer et que l'ironie décapante de ce texte récuse également. En effet, point de description ici, si ce n'est celle des colons devenus soudain exotiques dans le dire des narrateurs algériens de souche. Pas de point de vue unique non plus ni de succession chronologique des événements, mais au contraire un entrecroisement de récits qui déconcerte parfois, mais dont on finit par s'apercevoir que la signification découle souvent de leur agencement les uns par rapport aux autres, ou encore de leurs silences. Ainsi, l'absence d'un récit fait par le personnage central, Nedjma (Etoile en arabe, et symbole possible, pour une lecture parmi d'autres, de la nation en gestation) peut être lue comme le signe d'une absence de parole de la nation, alors que celle de l'Islam et celle de la tradition tribale montrent toutes deux en actes leur incapacité à fournir l'identité tant recherchée. Nedjma parlera, et sera devenue militante, dans le cycle théâtral tragique Le Cercle des représailles (1959) de peu contemporain du roman, mais ce sera pour y mourir comme ses compagnons: les lendemains qui chantent des imageries révolutionnaires ne sont pas ici de mise! De plus, même si elle s'y montre en échec puisqu'elle n'arrive pas à résoudre le problème d'identité des personnages, la tradition mythique imprègne profondément la trame romanesque, dont elle constitue peut-être la subversion majeure, mais en donnant en même temps au roman un pouvoir de fondation. L'écriture de Nedjma récuse toute affirmation dogmatique. Mais elle fonde en quelque sorte une identité culturelle complexe, en mouvement. Aussi nombre de romanciers maghrébins ultérieurs pourront-ils%2