Dans la même optique que votre analyse, que je trouve amplement exhaustive, je tiens à signaler que le besoin "biologique" (besoin de manger, de boire, de dormir...) modifie le métabolisme de l'individu, stimule une action nerveuse qui pousse ce dernier à agir et à orienter son action. Or, ce n'est plus le cas pour le "besoin cognitif", car on n'assiste pas à une modification du métabolisme, qui pourrait pousser l'individu à agir, mais à une simple " prédisposition" à agir. Et par conséquent, ce besoin, qui est de l'ordre du rationnel plutôt que de l'affectif ne pourra pas persister très longtemps quand les frustrations sont importantes. D'où le désintérêt et l'ennui. Ces lacunes ont amené Claparède à adopter le concept "d'intérêt". Selon lui, l'intérêt se développe dans la relation entre les besoins du sujet et les propriétés de l'objet. Je m'explique: l'intérêt n'est plus dans l'objet seul, c-à-d, dans les propriétés; comme dans l'enseignement centré sur le contenu où la connaissance est "objet". Il n'est plus dans le sujet seul, c-à-d, dans les besoins; comme dans les méthodes dites Nouvelles (Montessouri, Decroley...). L'intérêt, pour Claparède, se développe dans cette relation entre les besoins et l'objet. Mais comment déclencher ces "intérêts spontanés" qui pourraient devenir un levier déterminant dans la pédagogie de l'intérêt? La réponse, selon Claparède , est simple: c'est par le jeu spontané que l'enfant, cet être peu puissant, dépendant et assisté, cherche à devenir puissant et à s'émanciper de la tutelle de l'adulte.
Ainsi, les jeux d'illusion, d'imitation des rôles de l'adulte, de compétition...permettent de satisfaire ce besoin d'affirmation. Or, ce qu'on reproche au fonctionnalisme de Claparède, c'est que la pédagogie de l'intérêt fait appel à des intérêts "artificiels" dans le but de rendre les situations ludiques et attrayantes. Nous parlons donc, d'intérêts provoqués, ce qui est complètement aux antipodes de l'intérêt profond de l'enfant. D'autre part, le jeu quand il devient tâche éducative agréable et amusante se voit dénaturé et devient une activité objective.
N.B: Pour plus d'informations, je vous conseille de lire"Enseigner et Faire apprendre" de Not. Louis et "L'Education Fonctionnelle de E. Claparède.