La peau de chagrin
Vis-tu dans quelque ciel, fabuleux et hautain
O Bonheur! ou perdu, volatile et lointain
Sur une vile et froide terre
Depuis toujours, errant, l'homme, depuis toujours
S'essouflant pour t'avoir, immolait des amours
Et vivait triste et solitaire
Pour te vivre, O Bonheur!, j'ai longtemps souffert
Et dans mon profond coeur comme un cercueil ouvert
S'en allait s'accroître ma peine!
mon sourire a pali, ma vie et mon espoir!
Et pourrai-je échanger l'approche de mon soir
contre un peu de gaieté sereine?
Je te cherchais partout! (c'est un acte fatal
Partout, je trouvais âpre et douleureux la mal
Régnant en insensible maître
Où trouver ton empreinte, étranger eternel?
Dans un rêve immortel? Dans un sein maternel?
Ou dans un bel amour peut-être?
Que faut-il alors pour vivre tes plaisirs?
Que je sombre d'abord aux rythmes des soupirs
Dans l'abîme de la la souffrance?
Ou que j'attende usé menacé par le Temps
Après un long chagrin, quelque heureux printemps?
A quoi bon souffrir en silence?
Et comme un ciel obscur d'étoiles piqueté,
Je crois voir dans mon coeur, de deuil persécuté
Luire parfois tes étincelles!
Je m'agrippe aux lueurs que tu m'offres parfois
O Bonheur! pour peupler, sans maux; sans désarrois
Mon Etre de forces nouvelles!
novembre 1993