J'étais parmi les râres filles de notre petite ville , qui allaient chaque matin à l'école coranique.En fait , ce n'était vraiment pas une école dans le vrai sens du terme, c'était une petite pièce exigue au plafond très bas, qui jouxtait la grande mosquée.Elle sentait toujours le renfermé et les vieux livres.
Moulay ALI le fkih, un homme borgne aux multiples djellabas superposées et au turban blanc immaculé, était un ami à mon père.Ce lien d'amitié qui les unissait ne m'épargnait en aucun cas les douloureux coups de baguette que je reçevais à l'improviste sur ma tête, quand il remarquait que je trébuchais sur mes versets.
Chaque fin de mois ,mon père me donnait un pin de sucre, en guise d'offrande au fkih et ce cadeau n'avait pas le pouvoir de trop me protéger de la tyrannie de mon maître.
Nous commençions toujours la séance d'apprentissage par un ménage de fond en comble de notre salle de cours, sous l'unique oeil vigilant de moulay ALI qui pointillait sur les menus détails...du bout de sa baguette ,il nous rappelait à l'ordre qu'on avait feint d'ignorer une toile d'araignée par là ,un grain de poussière par ci.
Une fois les tapis d'osier qui nous servaient de bancs d'écoliers, secoués avec le même baton qui nous bastonnait,on les remettait à leur place.On s'alignait alors en file indienne devant la porte de la pièce où le fkih se mettait au beau milieu ,en portrait menaçant grandeur nature.
Nous devions passer l'un après l'autre,embrasser sa grosse main velue,pour reçevoir sa haute bénédiction avant de rejoindre nos places pour entamer la nouvelle phase de mémorisation d'un autre verset de coran.
Chaque matin le même scénario se repétait avec ,le même ménage,,la même main dodue velue, la même angoisse que nous refoulions quand la fine baguette venait s'abattre sur nos têtes.
Notre plus grande joie provenait d'un cri que lançait moulay ALI à notre encontre...TAHRIRA ! et c'était la ruée frénétique vers la porte de sortie, vers la liberté...non sans oublier d'embrasser la grosse main tendue au passage.