Un climat plus chaud et plus sec, une mer plus acide : l'avenir de la Méditerranée
FUTUR. Mistrals est un vaste programme international, coordonné par le CNRS, d’observations et de recherches consacrés à l’environnement du bassin méditerranéen regroupant plus d’un millier de chercheurs et d’ingénieurs et dont le but est de prédire l’évolution de l’habitabilité de cette zone. Il a débuté en 2010 et doit s’achever en 2020. Les scientifiques, réunis en colloque à la Villa Méditerranée à Marseille, évoquent les premiers résultats obtenus à mi-parcours, à quelques semaines du début de la COP21.
Un milieu fortement contraint en pleine évolution
Mistrals est fondé sur sept programmes thématiques étudiant tous les aspect du bassin méditerranéen : cycle de l’eau, pollutions, biodiversité, volcanisme ou encore l’impact humain. "Pour analyser l’ensemble de ces aspects nous avons eu recours à tous les moyens dont disposent aujourd’hui la recherche : satellites, ballons sonde, drones, navires et sous-marins pour des missions courtes et nous avons également installé, tout autour de la méditerranée, des observatoires de l’environnement prévus pour fonctionner sur le long terme" explique Etienne Ruellan, géologue, directeur adjoint scientifique à l’Institut des sciences de l’univers et qui dirige le programme Mistrals depuis son lancement en 2010. La première phase de Mistrals a surtout consisté à récolter des données qui seront intégrées dans de nouvelles modélisations, lesquelles permettront d’anticiper l’avenir du bassin méditerranéen à la fin du siècle. Si ces nouveaux modèles ne sont pas encore opérationnels, tous les scientifiques qui se sont exprimés mardi 20 octobre 2015 avant le début du colloque qui doit s’achever jeudi sont unanimes pour souligner que "cette mer au milieu des terres va connaître de profondes évolution au cours des prochaines dizaines d’années".
BIODIVERSITE. Les premiers à pâtir de cette tendance à plus d’évènements catastrophiques seront bien-sûr les quelques 500 millions de personnes vivant dans les 22 pays qui bordent la méditerranée. Mais de nombreuses menaces pèsent aussi sur la faune et la flore dont l’exceptionnelle diversité signe le paradoxe méditerranéen : "C’est un milieu fortement contraint par la pression anthropique et les pollutions mais pourtant cette zone représente un « hotspot » avec une extraordinaire biodiversité. Par exemple, les côtes abritent 10% de la richesse mondiale en plantes sur seulement 1,6% de la surface terrestre" précise Virginie Baldy, de l’Institut méditerranéen de biodiversité et d’écologie marine et continentale co-responsable du programme BioDivMex, qui assure le suivi des diversité des communautés animales, végétales et microbiennes. Les scientifiques estiment que la mer va progressivement devenir plus acide et redoutent également des perturbations importantes de la circulation des masses d’eau deux facteurs qui vont diminuer la production de plancton et de là impacter les espèces qui s’en nourrissent. A cela s’ajoute la pression exercée par les espèces invasives qui arrivent en nombre et remplacent partiellement ou complètement les espèces autochtones dans certaines zones.
Les microalgues filamenteuses ont colonisé les fonds de la Méditerranée. J. Payrot.
Toutes ces tendances, qui dressent l’image d’un futur assez négatif pour la région méditerranéenne, peuvent-elles êtres inversées ? "Nous pouvons encore prendre des mesures qui nous empêcheront d’aller droit dans le mur" estime Etienne Ruellan. "Ce n’est pas pour rien que ce colloque est programmé juste avant la COP21" ajoute-t-il. Et de conclure : "Ce que nous faisons ici avec le programme Mistrals intéresse le monde entier. Car la méditerranée est un océan miniature. Les données issues de nos recherches seront utiles pour bien d’autres zones ailleurs".Par Joël Ignasse